The National Times - Au tribunal, Bayer nie tout lien entre le glyphosate et le handicap d'un adolescent

Au tribunal, Bayer nie tout lien entre le glyphosate et le handicap d'un adolescent


Au tribunal, Bayer nie tout lien entre le glyphosate et le handicap d'un adolescent
Au tribunal, Bayer nie tout lien entre le glyphosate et le handicap d'un adolescent / Photo: © AFP/Archives

Le géant de la chimie Bayer, assigné par une famille dont le fils souffre de graves malformations qu'ils imputent à son exposition in utéro au glyphosate, s'est vivement défendu jeudi devant le tribunal de Vienne, en Isère.

Taille du texte:

Il n'y a "aucun lien de causalité" entre l'herbicide phare du groupe allemand et le handicap de l'adolescent, comme il n'y a "aucun effet sur la reproduction" humaine, a assuré Me Jean-Daniel Bretzner, le conseil de Bayer, en citant de nombreuses études scientifiques.

Les parents de Théo Grataloup, 17 ans, sont convaincus du contraire et ont lancé en 2018 une action au civil pour faire reconnaître ce lien par les tribunaux, une "première" selon eux puisque les autres procès intentés au groupe allemand portent surtout sur des cancers.

"Je représente tous les malformés" et en cas de victoire, "cela fera jurisprudence et permettra à d'autres victimes d'aller en justice beaucoup plus rapidement", a déclaré Théo à l'AFP à son arrivée au palais de justice.

"Ce combat me dépasse", a-t-il ajouté d'un mince filet de voix.

L'adolescent est né avec "l'œsophage et la trachée qui ne se sont pas séparés correctement", explique sa mère Sabine Grataloup. Depuis, il a subi 55 opérations chirurgicales qui lui permettent de manger normalement, de respirer et parler par un "trou dans la gorge".

Pour elle, son handicap trouve sa source en août 2006. A l'époque, dit-elle, elle a utilisé du glyphosate pour désherber une carrière d'équitation, l'aspergeant "plusieurs fois par jour, sans protection particulière". Elle ignore alors qu'elle est enceinte de "quelques semaines", une période clé dans le développement fœtal.

- "David contre Goliath" -

Lors de l'audience, les avocats de Bayer ont critiqué deux témoignages d'ouvriers, présents ce jour là, qualifiés d'"attestations impropres", "rédigées onze ans après les faits" pour établir l'exposition de Mme Grataloup au produit Glyper, un générique de l'herbicide Roundup de Monsanto.

Me Bretzner a aussi renvoyé la responsabilité de la fabrication du produit à l'époque, à une entité belge du groupe, ce que réfute la partie adverse.

"Il y a des présomptions, graves, précises et concordantes", concernant le lien de causalité entre cet usage du glyphosate et le handicap de Théo, ont plaidé les avocats de la famille Grataloup, soulevant notamment "la proximité temporelle" et l'absence d'autres "causes et éléments extérieurs".

Me Bertrand Repolt a aussi dénoncé une tentative "de dilution de responsabilités" du défenseur.

A l'issue de l'audience, Mme Grataloup a comparé son combat à celui de "David contre Goliath": "dans l'argumentation de la partie adverse, c'était un peu +c’est pas moi, c'est mon cousin belge+, et nous, petite famille du nord-Isère, il aurait fallu qu'on assigne la société belge et puis la société italienne, et probablement aussi la société américaine..."

- Milliards de dollars -

Le glyphosate, herbicide le plus vendu au monde (800.000 tonnes en 2014), a été classé en 2015 comme un "cancérogène probable" par le Centre international de recherche sur le cancer de l'Organisation mondiale de la santé.

Le fonds français d'indemnisation des victimes des pesticides a reconnu en 2022 le lien possible entre le glyphosate et les malformations de Théo, qui reçoit depuis depuis une indemnité mensuelle de 1.000 euros.

Depuis fin 2018, le produit est interdit en France pour un usage domestique. Son approbation en Europe a cependant été renouvelée en novembre 2023 pour 10 ans "sous réserve de certaines conditions et restrictions".

Depuis le rachat de Monsanto, Bayer a dû verser plus de 10 milliards de dollars en dommages et intérêts dans plus de 100.000 dossiers à cause du glyphosate, notamment aux Etats-Unis, accusé d'avoir causé des cancers, ce que le groupe nie.

La décision a été mise en délibéré au 31 juillet.

B.Scott--TNT