Les grands argentiers du G20 s'attaquent à la fiscalité et aux banques
Les grands argentiers du G20 se sont attaqués mardi à la réforme fiscale et aux bailleurs multilatéraux, sans grand progrès sur la restructuration de la dette, tandis que la Banque mondiale s'est alarmée des fractures croissantes entre pays riches et pays pauvres.
Plusieurs économies restent en difficulté après le double choc de la pandémie de coronavirus et des conséquences de la guerre de la Russie en Ukraine qui affecte les cours mondiaux des carburants et des matières premières.
Le changement climatique aggrave de surcroît la situation des pays les plus pauvres et les moins à même de surmonter la situation.
La ministre indienne des Finances, Nirmala Sitharaman, qui préside et accueille la réunion à Gandhinagar, dans l'Etat indien du Gujarat (ouest), a ouvert les débats lundi en rappelant aux dirigeants financiers que leur incombait "la responsabilité d'orienter l'économie mondiale vers une croissance forte, durable, équilibrée et inclusive".
Le président de la Banque mondiale, Ajay Banga, s'est alarmé mardi du danger de fracture de l'économie mondiale, en l'absence de progrès dans la lutte contre la pauvreté.
"Ce qui me tient éveillé la nuit, c'est la méfiance qui, en silence, divise le Nord et le Sud de la planète à un moment où nous avons besoin de nous unir", a déclaré M. Banga aux ministres, pendant leurs discussions sur les structures financières internationales.
La Banque mondiale s'efforce d'accroître sa capacité de prêt, notamment en levant des capitaux hybrides auprès des actionnaires, mais elle a déclaré que l'économie future ne pouvait pas reposer sur une expansion au détriment de l'environnement.
"La vérité est simple: nous ne pouvons pas endurer une autre période de croissance à forte intensité d'émissions" de CO2, a martelé M. Banga, Américain d'origine indienne qui a pris ses fonctions à la Banque le mois dernier, nommé par le président américain Joe Biden.
Selon les Etats-Unis, les efforts déployés pour réformer les bailleurs de fonds multilatéraux, tels que la Banque mondiale et les institutions régionales, pourraient débloquer 200 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie.
- "Le règne de la pauvreté" -
"La frustration des pays du Sud est compréhensible. A bien des égards, ils paient le prix de notre prospérité", a-t-il ajouté.
"Alors qu'ils devraient être en pleine ascension, ils craignent que les ressources promises soient détournées au profit de la reconstruction de l'Ukraine", a-t-il poursuivi.
Selon M. Banga, "ils ont le sentiment que les règles en matière d'énergie ne sont pas appliquées de manière uniforme, ce qui limite les ambitions, et ils craignent que le règne de la pauvreté ne brise une nouvelle génération".
Les accords de restructuration de la dette pour les pays à faible revenu ont été l'une des priorités du groupe des vingt grandes économies, mais les discussions ont peu progressé, selon des responsables.
La Chine, deuxième économie mondiale et principal bailleur de fonds de plusieurs pays d'Asie et d'Afrique en difficulté et à faible revenu, s'est jusqu'à présent opposée à un accord multilatéral commun sur la question.
Plus de la moitié des pays à faible revenu sont proches du surendettement ou en situation de surendettement, soit deux fois plus qu'en 2015, a déclaré la secrétaire américaine au Trésor, Janet Yellen.
Mme Yellen a déclaré dimanche, en marge du G20, que l'accord sur la dette de la Zambie avait été "trop long à négocier" et ajouté espérer que le traitement de celle du Ghana et du Sri Lanka pourrait être "finalisé rapidement".
Les ministres des Finances de l'Inde et la Chine, voisins et rivaux, se sont réunis tôt mardi, sans faire de commentaires aux journalistes.
Les discussions du G20 ont également porté sur la réforme des banques multilatérales de développement, sur la réglementation des crypto-monnaies et la facilitation de l'accès au financement pour atténuer l'impact du changement climatique et s'y adapter.
La semaine dernière, 138 pays se sont mis d'accord sur une première étape visant à répartir plus équitablement les recettes fiscales provenant des multinationales.
N.Taylor--TNT